TOUTE AUTORITÉ VIENT DE DIEU :POUVOIR SPIRITUEL ET POUVOIR TEMPOREL DANS LE KIMBANGUISME

Voir plus….
Auteur : Aurélien HAMBANOU

La bible est par-dessus tout, un livre religieux, mais elle est aussi un livre politique. Ses rĂ©cits nous brossent un tableau fascinant dans ce qu’on peut appeler aujourd’hui un « changement de rĂ©gime » : la tyrannie de Pharaon mĂšne au leadership de MoĂŻse et JosuĂ©, auquel succĂšde le pouvoir intermittent des juges, appelĂ© aussi rĂšgne de Dieu ; lequel est rejetĂ© par les IsraĂ©lites qui rĂ©clament des rois. Ces derniers sont renversĂ©s par les armĂ©es conquĂ©rantes des Assyriens et des Babyloniens pour ĂȘtre remplacĂ©s par des Empereurs Ă©trangers et les PrĂȘtres qui collaborent avec eux.
Une description dĂ©taillĂ©e de tout ceci, nous donne les Ă©lĂ©ments nĂ©cessaires Ă  une analyse politique comparĂ©e entre la pĂ©riode antique et celle d’aujourd’hui.
Le Kimbanguisme tire son essence dans le judĂ©o-christianisme primitif et surtout dans la culture Bantu, plus prĂ©cisĂ©ment dans la tradition Kongo. La place du spirituel et du temporel revĂȘt un caractĂšre particulier dans la doctrine de l’Ă©glise de JĂ©sus-Christ ; sa comprĂ©hension dĂ©sarçonne plus d’un, car jusqu’Ă  l’accomplissement des prophĂ©ties, elle enseigne le primat du temporel sur le spirituel. En effet, comme l’énonce les saintes Ă©critures ; « 
 il n’y a point d’autoritĂ© qui ne vienne de Dieu, et les autoritĂ©s qui existent ont Ă©tĂ© instituĂ©es par Dieu ». (Rom. 13, 1). Le kimbanguisme s’inscrit fidĂšlement Ă  ce dogme, dont la bascule dĂ©pendra de l’action du « nouveau consolateur ». Tout au long de l’histoire, les rĂ©gimes politiques monarchiques se sont constituĂ©s sur le modĂšle israĂ©lite avec pour corollaire ; Dieu en alliance avec son peuple, et « le grand PrĂȘtre » comme intermĂ©diaire. En ce qui concerne IsraĂ«l, ses mĂ©saventures vont faire plonger le peuple vers une vaine espĂ©rance libĂ©ratrice.
JĂ©sus-Christ fut rejetĂ© et condamnĂ©, comme « roi des juifs », parce que « son royaume n’était pas de ce monde ». En effet, l’attente messianique Ă©tait politique, en ce sens que, le peuple espĂ©rait un libĂ©rateur du joug colonial romain. Le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel Ă©tait donc inconciliable, Ă©tant donnĂ© qu’il fallait « rendre Ă  CĂ©sar ce qui revient Ă  CĂ©sar, et Ă  Dieu ce qui revient Ă  Dieu ». (Luc 20, 25). Comprendre la dĂ©cadence des rĂ©gimes politiques chez les hĂ©breux et au Kongo sera le fil directeur de notre Ă©tude. L’oeuvre restauratrice de Dieu le Saint-Esprit amorcĂ©e depuis 1921, arrivera Ă  son terme, c’est-Ă -dire Ă  l’unification des deux pouvoirs, « 
au jour oĂč l’univers entier sera restaurĂ©, comme Dieu l’a annoncĂ© depuis des siĂšcles par la bouche des saints prophĂštes ». (Act.3, 21).

Parler du passé, afin de mieux comprendre le présent, ou « loba ya kala, loba ya sika » est le leitmotiv de Simon KIMBANGU KIANGANI dans ses multiples exhortations pour instruire les fidÚles à la connaissance des problématiques matérielles qui posent des questions spirituelles.
En crĂ©ant l’univers, Dieu a Ă©tabli un principe d’autoritĂ© suprĂȘme. L’autoritĂ© est donc le droit de gouverner et celui d’ĂȘtre obĂ©i. Avec les archanges et les anges sous son autoritĂ©, il crĂ©a l’Homme, lui aussi placĂ© sous son autoritĂ©. Toute autoritĂ© appartient Ă  Dieu, parce qu’il est le crĂ©ateur de toute chose.
L’histoire de l’humanitĂ© et celle des rĂ©gimes politiques est religieuse. MĂȘme l’histoire du Kongo l’est Ă©galement, contrairement Ă  ce que l’on veut nous faire croire.

I°- L’autoritĂ© de Dieu sur IsraĂ«l :

A°- L’alliance :

Gustave Le Bon (1841-1931), psychosociologue français a eu cette belle rĂ©flexion : « Aucune civilisation ne peut se fonder sans croyance collective 1». En effet, le rĂ©cit biblique doit se comprendre par le cycle des alliances que Dieu traite avec un peuple de son choix, et sur un espace gĂ©ographique bien dĂ©terminĂ©. IsraĂ«l, premiĂšre nation liĂ©e Ă  Dieu, ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle. Il a Ă©tĂ© fondĂ© deux fois, pense le philosophe AmĂ©ricain MichaĂ«l Welzer : « une fois comme famille, groupe de parentĂ©, une autre fois comme nation, communautĂ© religieuse2 ». On parlera ici d’une alliance pĂ©renne, mais chaque fois renouvelĂ©e, pour la faire ancrer dans la mĂ©moire collective durant plusieurs gĂ©nĂ©rations. Certes, elle commence avec Abraham (Gn 17, 5) « pĂšre d’une multitude de Nations », par la circoncision qui marquent les chairs, aussi durable que la succession des descendances. Elle se poursuit au mont SinaĂŻ avec MoĂŻse qui reste l’intermĂ©diaire entre Dieu et le peuple. Cette fois-ci, c’est la loi qui est le pilier central des termes de l’alliance. Dieu va insister sur les mots et non sur les couteaux, relĂ©guant ces marqueurs des chairs aux oubliettes : « Et ces mots que je t’ordonne aujourd’hui, seront dans ton cƓur ; et tu les inculqueras Ă  tes enfants et tu en parleras chez toi dans ta maison
 » (Dt 6, 6-7).
Certes, beaucoup de DeutĂ©ronomistes Ă©crivent que les paroles de Dieu peuvent ĂȘtre enseignĂ©s Ă  n’importe qui, parce qu’il parle non seulement aux descendants d’Abraham, mais aussi la « multitude mĂ©langĂ©e », sortie d’Egypte avec eux (Ex 12, 38) ; et quand, en DeutĂ©ronome 29, l’alliance est rĂ©affirmĂ©e, les Ă©trangers du camp, tout comme les hommes, femmes et enfants d’IsraĂ«l se joignent Ă  l’affirmation. C’est pourquoi la rencontre du SinaĂŻ aprĂšs la libĂ©ration de la servitude Ă©gyptienne, fut la plus importante des Ă©tapes et les auteurs bibliques semblent n’avoir jamais doutĂ© que l’alliance dĂ©pendait du consentement, non pas du sang de la circoncision. Les lois Ă©taient contraignantes que pour avoir Ă©tĂ© acceptĂ©es. Passer un accord avec Dieu, n’est point conclure un marchĂ©. Dieu Ă©tait le Roi, IsraĂ«l le vassal ou la nation servante. S’ensuivit l’épanouissement spirituel du peuple par l’adhĂ©sion des prescriptions divines. Raison pour laquelle, MoĂŻse appelle les IsraĂ©lites Ă  l’admiration, autant qu’Ă  la gratitude :
« 
je vous ai enseignĂ© les commandements et les lois comme l’Eternel me l’a ordonnĂ© afin que vous obĂ©issiez dans le pays oĂč vous allez entrer pour en prendre possession. ObĂ©issez-y, et appliquez-les, c’est lĂ  ce qui vous rendra sages et intelligents aux yeux des peuples, (
). OĂč est, en effet, la nation, mĂȘme parmi les plus grandes, qui a des dieux aussi proches d’elle que l’Eternel notre Dieu l’est pour toutes les fois que nous l’invoquons ? Et quelle est la grande nation qui a des commandements et des lois aussi justes que toute cette loi que je vous donne aujourd’hui ? » (Dt. 4, 5-8).


B°- Le rejet du rĂšgne de l’Éternel et ses consĂ©quences :

Deux marqueurs principaux illustrent l’histoire d’IsraĂ«l. Cela commence par une histoire de famille avec Abraham, Isaac et Jacob, leurs Ă©pouses et concubines, leurs fils et filles. Son thĂšme principal est le conflit familial : rupture d’Abraham avec son pĂšre, dispute entre Sarah et Agar, la lutte entre Jacob et EsaĂŒ, la rivalitĂ© puis la rĂ©conciliation entre Joseph et ses frĂšres. Le droit d’aĂźnesse et l’hĂ©ritage reste l’enjeu, ainsi que la faveur divine et patriacale.

La deuxiĂšme caractĂ©ristique naĂźt de l’oppression Ă©gyptienne, avec pour consĂ©quences ; la naissance d’une nation ou l’histoire d’un peuple. Ainsi, par la volontĂ© de Dieu, les enfants de MoĂŻse ne prĂ©tendent pas Ă  sa succession, puisque la fonction sacerdotale d’Aaron passe Ă  ElĂ©azar sans intrigues. Les enfants de JosuĂ© ne sont pas mentionnĂ©s et aucun des juges ne cherche Ă  transmettre son pouvoir. Ceci s’explique aisĂ©ment que ; c’est par son autoritĂ© que Dieu choisit d’élever celui-ci et pas celui-lĂ  : « Kinganga semua, kinfumu tumbua », prĂ©cise d’ailleurs une maxime Kongo.
Aussi, avant l’avĂšnement de la royautĂ©, IsraĂ«l est prĂ©sentĂ© comme une ligue tribale. Michael Welzer pense que : « IsraĂ«l avant les rois, est souvent dĂ©crit comme une confĂ©dĂ©ration tribale sur le modĂšle de l’amphictyonie grecque ». Et Ă  Martin Noth d’ajouter : « La confĂ©dĂ©ration des 12 tribus israĂ©lites, (
), menait ses affaires suivant des rites rĂ©guliers et de formes de conduites prescrites. »

Par ailleurs, le livre de JosuĂ© nous rappelle qu’ IsraĂ«l est une communautĂ© d’alliance, une association de chef de famille, liĂ©s par une sorte de traitĂ© avec Dieu :
« 
choisissez aujourd’hui Ă  quels dieux vous voulez rendre un culte (
), quant Ă  moi et ma famille, nous adorerons l’Eternel. » (Jos. 24, 15). En consĂ©quence, Dieu, est bien le centre, incarnant les deux pouvoirs ; le spirituel et le temporel. Quand il n’y avait pas de Roi en IsraĂ«l, Dieu Ă©tait Roi.
Pourquoi donc ces IsraĂ©lites, libre de choisir ce qui Ă©tait juste, qui ne servirent jamais MoĂŻse, ni JosuĂ©, ni aucun des juges, devinrent-ils les sujets et serviteurs d’un monarque reprĂ©sentant le pouvoir temporel ?
Les raisons sont Ă  chercher dans la dĂ©fiance Ă  l’omnipotence de Dieu et au triomphe philistin, consĂ©quence de la dĂ©sunion des tribus, qui produisit les crises, d’oĂč Ă©mergea la monarchie. Des veines tentatives antĂ©rieures Ă  cette Ă©mergence eurent lieu. Nous citerons par exemple la guerre victorieuse d’une poignĂ©e d’IsraĂ©lites contre les Madianites : « aprĂšs cela, les hommes d’IsraĂ«l dirent Ă  GĂ©dĂ©on :

– RĂšgne sur nous, puisque tu nous as dĂ©livrĂ© des Madianites. Ton fils, puis ton petit-fils te succĂ©deront.

– Non, je ne rĂ©gnerai pas sur vous et mon fils ne gouvernera pas non plus. C’est l’Eternel qui rĂšgnera sur vous » (Jg 8,22-24).

CĂ©lĂšbre est l’histoire racontĂ©e dans le livre de Samuel, au chapitre 8. A cette Ă©poque dans tout le Proche-Orient antique (selon les saintes Ă©critures), la monarchie passe pour une forme divine et naturelle de gouvernement ; le Roi est un Dieu, ou un serviteur des dieux, avec pour lien, la politique Ă  la nature, l’État au cosmos, assurant la fertilitĂ© des champs et la reproduction du genre humain.
C’est Ă  Samuel, juge et prophĂšte Ă©tabli, Ă  qui les anciens d’IsraĂ«l vont demander : « d’établir sur eux un Roi pour les juger comme toutes les nations. » (1 S. 8,5). Cette demande marque l’aube de la politique IsraĂ©lite, d’une « intelligence politique », pensent certains thĂ©oriciens judĂ©o-talmudiste. NĂ©anmoins, la politique Ă©tant une façon humaine d’aborder les problĂšmes de la coexistence individuelle et collective, celle d’IsraĂ«l avait Ă©tĂ© prĂ©emptĂ©e par Dieu lui mĂȘme. Il fournit donc, des juges au peuple, en faisant la guerre en leur nom ; « De crainte qu’IsraĂ«l n’en tire gloire contre moi et dise : c’est ma main qui m’a dĂ©livrĂ© » (Jg 7,2), dira le seigneur des armĂ©es en constituant la modeste armĂ©e victorieuse de GĂ©dĂ©on. Pourtant, ĂȘtre sauvĂ© de la main de Dieu, est sans aucun doute un signe de grande faveur, mais pour les IsraĂ©lites, ce fut une perte de contrĂŽle politique. D’ailleurs, Dieu lui-mĂȘme, s’adressant Ă 
Samuel, Ă©nonce leur thĂšse centrale :

« Ils ne t’ont pas rejetĂ© ; c’est moi qu’ils ont rejetĂ©, que je ne rĂšgne pas sur eux » (1S. 8,7).

Un cantique kimbanguiste vient Ă  juste titre rĂ©vĂ©ler ou expliciter l’aventure monarchique IsraĂ©lite de l’époque :

« Ba Isaeli bu ba lembi visa ngolo za yahvé
Ba lomba ntinu una ku ba yadila
Yahve wa funga makasi
E lembi ku ba yindula
Wa ba vana ntin’ewu
Wa lembi zay’o sĂ©
(…),
Zaya kuaku diadi vo va nza
Kakuena lulendo lua nza ko
Lu sundidi ngolo za yahvé mu zulu »

Comme solution politique à des problÚmes politiques, les Israélites avaient introduit la royauté à leur propre initiative à cause de leurs caractÚres ingrat et oublieux, en dépit de la bienveillance divine. Ce cantique proclame en substance que:
« N’ayant point apprĂ©hendĂ©s la puissance de YahvĂ©,
Les Israélites réclamÚrent un roi qui puissent les guider,
Offensé, Dieu décida de leur établir un roi incrédule
(…)
Saches le bien qu’ici-bas,
Aucune autorité temporelle
Ne surpasse la puissance de Dieu dans les cieux ».

Des rois infidĂšles, insouciants de l’autoritĂ© de Dieu, seront intronisĂ©s, avec des consĂ©quences sans communes mesures, Samuel les dĂ©crit en terme de dictature royale : Il prendra vos fils et vos filles leur dit-il,
« et les choisira pour lui (
), rentrer sa moisson (
), faire ses instruments de guerre (
), ĂȘtre ses cuisiniers (
), ses boulangers ». Il vous imposera Ă  son bĂ©nĂ©fice,
« s’emparant de vos champs et de vos oliviers
 », « …et vous deviendrez ses serviteurs. Ce jour-lĂ , vous vous lamenterez Ă  cause du roi que vous aurez choisi, mais l’Éternel ne vous Ă©coutera pas. », ajoute Samuel.
La suite des chroniques royales est d’une parfaite Ă©loquence : C’est sous l’initiative de l’Eternel que SaĂŒl, premier d’entre les monarques HĂ©breux est choisi et oint par le prophĂšte Samuel qui sert de pont. On parlera ici d’une forme de dĂ©lĂ©gation du pouvoir spirituel au « grand PrĂȘtre », afin d’élever l’élu, ou celui qui incarnera Ă  prĂ©sent le pouvoir temporel. DorĂ©navant, avec ce principe, les intĂ©rĂȘts de Dieu sont reprĂ©sentĂ©s par ses prophĂštes, tandis que, tout l’ensemble parfois contradictoire des intĂ©rĂȘts humains, (personnels, dynastiques ou nationaux), est reprĂ©sentĂ© par le Roi. NaĂźtra donc continuellement, le conflit entre immoralitĂ© royale et remontrances prophĂ©tiques. Ceci va s’illustrer dans des cas cĂ©lĂšbres de David et Urie, d’Achab et de Naboth (1R 21-22). Quand Salomon prend des Ă©trangĂšres en mariage, ou les filles des princes Ă©tranger, en leur bĂątissant des temples et sanctuaires, il enfreint la loi. Par contre, lui, croit naĂŻvement poursuivre une politique extĂ©rieure raisonnable visant la paix avec ses voisins.

En définitive, ce seront entre autres, « rudes servitudes » et « joug pesant » royaux, qui
eurent raison de la cohĂ©sion et de l’unitĂ© du royaume. Les tribus du nord s’inquiĂ©taient du sort de leurs filles et fils, pendant que beaucoup d’israĂ©lites grinçaient les dents avec le sentiment que seul Dieu pouvait rĂ©gner sur eux. A l’intermittence des transgressions, succĂ©dĂšrent les chĂątiments divins, puis la tragĂ©die finale : destruction de sa sainte ville, son temple incendiĂ©, ses dirigeants tuĂ©s et son Ă©lite politique et religieuse dĂ©portĂ©e par les armĂ©es babyloniennes. Le sort des dix tribus sĂ©cessionnistes fut dramatique, puisqu’elles disparurent Ă  jamais.
MĂȘme pour les tribus restantes, l’attente messianique fut vaine, car JĂ©sus-Christ ne trouva pas grĂące Ă  leurs yeux et promis le royaume Ă  un autre peuple qui devrait en produire les fruits. (Mat.21 :43).


II°- Religion et pouvoirs politiques au Kongo à partir de 1921 :

Les saintes Ă©critures contiennent une plĂ©thore de textes dont la comprĂ©hension dĂ©soriente plus d’un. Mais deux points centraux sont mis en lumiĂšre, autour desquels tout s’agrĂšge : La promesse d’une lignĂ©e messianique aboutissant aux incarnations de JĂ©sus, (fils de Dieu) et du Saint-Esprit (Simon Kimbangu). Le second point Ă  retenir est le dessein ultime de Dieu de restaurer « l’Eden perdu », ainsi que le sanctuaire enlevĂ© Ă  IsraĂ«l et transmis au nouveau peuple de Dieu.

A° – Simon Kimbangu espoir de l’humanitĂ© et pĂšre de l’indĂ©pendance du Kongo :

De Novembre 1884 Ă  fĂ©vrier 1885, se tint Ă  Berlin, la cĂ©lĂšbre confĂ©rence sur le partage de l’Afrique. La rĂ©gion du Kongo, est l’un des enjeux principaux de cette confĂ©rence. Le souverain belge, grĂące Ă  ses alliĂ©s et Ă  sa finesse diplomatique cĂ©dant aux revendications des Portugais, des Français et des Anglais, parvient Ă  faire accepter l’idĂ©e d’une neutralitĂ© politique sur le bassin du Kongo, tout en y affirmant la libertĂ© de commerce. La gestion de l’Etat indĂ©pendant du Kongo, quatre-vingt fois plus grand que la Belgique, va en rĂ©alitĂ© incomber Ă  LĂ©opold II et devenir, en 1908, le Kongo-Belge.

En 1887, naĂźtra dans le bas-Kongo, (en actuel R.D.C), un jeune Garçon nommĂ© Simon KIMBANGU, au destin particulier, et qui donnera du fil Ă  retordre Ă  l’administration coloniale Belge du fait de la mission que lui a assignĂ© JĂ©sus-Christ. QualifiĂ© Ă  tort de mouvement sectaire, celui-ci va plutĂŽt s’imposer, contre la violence de ses bourreaux par des actes de puissance dont seul Dieu est capable. Michel ONFRAY a raison lorsqu’il soutient que : « On le sait, une religion, c’est une secte qui a rĂ©ussi. Et comment une secte peut-elle rĂ©ussir ? Quand elle s’impose par la force et la violence et rien d’autre. » C’est ce bouillonnement spirituel en Afrique centrale, qui mettra sens dessus dessous, les colonies Belgo-françaises avec les consĂ©quences qui prĂ©cipiteront leurs Ă©mancipations.

« Une goutte d’eau tombĂ©e dans l’ocĂ©an, a secouĂ© le monde entier » ; voici comment Joseph DIANGIENDA KUNTIMA, (l’un de ses trois fils de KIMBANGU), rĂ©sumait l’impact de l’Ɠuvre de son pĂšre. Le 06 Avril 1921, l’attente millĂ©naire pour la venue de « l’autre consolateur » devenait une rĂ©alitĂ©. L’espĂ©rance messianique des indigĂšnes sera partagĂ©e, jusqu’à la rendre universelle, parce que sa doctrine est libĂ©ratrice, non pas seulement pour les nĂšgres opprimĂ©s, mais aussi pour toute l’humanitĂ©. Le chercheur congolais, BALONGELE LISELE le prĂ©cise dans son ouvrage sur « Les IndĂ©pendances africaines », en affirmant ce qui suit :

« Ayant fait de la libĂ©ration de l’Afrique son cheval de bataille, il ne pouvait rester inerte pour son
indépendance. »
« O! Africa, mon continent pour lequel j’ai souffert, mes adeptes ont Ă©tĂ© maltraitĂ©s Ă  cause de moi, car ils ont cru en moi », avait dit l’Homme en pagne. Sans abandonner les siens, il a bel et bien agit, dans 42 pays africains, pour concrĂ©tiser sa parole. Par son intervention, il nous a bien dĂ©montrĂ© qu’il Ă©tait au contrĂŽle de son Afrique.»

Cette gloire de Dieu, manifestĂ©e en sa personne et le sacrifice des 30 annĂ©es de prison, volontairement acceptĂ© s’inscrit dans un dessein religieux d’expiation du pĂ©chĂ©, afin que les captifs recouvrent la libertĂ©, et que le pouvoir de Dieu s’installe.

« Kong’oyo mboka kimbangu amonelaki pasi
Kong’oyo mboka mindele banuokolaki Kimbangu
Andimaki pasi, pamba te alingaki bokonzi etelema na kongo
Kasi lel’oyo, na Kongo ba wangani yĂ©
Kimbangu aniokuamaki na ntina ya bosomi ya mokili
Pe mboka kong’oyo, pe libota mobimba ya bayindo
Kasi lelo oh, basusu balobi Kimbangu yen de nani ?
Tala lolenge to zangi kimia na Kongo eh ! »

Ce cantique rappelle bien le sacrifice ou le martyr de KIMBANGU, afin que le Kongo libĂ©rĂ© soit investi du pouvoir divin tant temporel que spirituel. Mais qu’en ont fait les Kongolais ? Ils l’ont simplement rejetĂ© avec pour consĂ©quences la dĂ©liquescence des Etats africains et surtout Kongo. Qu’ils s’agissent de Kasa Vubu, (en R.D.C), ou Fulbert Youlou au Congo Brazzaville, leurs destins prĂ©sidentiels Ă©taient intimement liĂ© Ă  l’intervention tant physique que spirituelle de Joseph Diangienda Kuntima9. C’est lui qui a payĂ© de sa poche, les honoraires de l’avocat français, MaĂźtre Croquez, dĂ©fenseur, des cadres de l’ABAKO, injustement accusĂ©s de subversion, contre la Belgique aprĂšs les Ă©vĂ©nements du 04 janvier 1959. C’est encore un des fils de KIMBANGU, qui rĂ©gla la caution exigĂ©e par le royaume de Belgique, prĂ©lude Ă  toutes nĂ©gociations pour l’indĂ©pendance, Ă  la fameuse table ronde : « On exigea, de maniĂšre impromptue, une caution immĂ©diate d’une somme de 40.000 frs belges en guise symbolique des signatures des dĂ©lĂ©guĂ©s belges. Faute de trĂ©sorerie, aucun parti ne put faire face Ă  cette surprenante exigence belge, tant la somme exigĂ©e Ă©tait faramineuse. (
). Papa Kisolokele sortit de la poche de sa veste, la somme de 40.000frs belge prĂ©cisĂ©ment, Ă  la stupĂ©faction de tous.»

Les destins politiques de Joseph Kasa-Vubu et de Fulbert Youlou Ă©tait liĂ©s aux Mvuala ( les trois fils de Papa Simon Kimbangu), parce que ces deux personnages furent choisis, conseillĂ©s et investis particuliĂšrement par Diangienda Kuntima au travers des sĂ©ances d’obsĂ©crations Ă  son domicile de Monkoto. Il y avait comme « un deal » Ă  respecter pour se voir lĂ©guer et exercer le pouvoir temporel afin d’administrer le Kongo dans la voie de Dieu le Saint-Esprit et concrĂ©tiser son plan. Mais, c’est l’échec patent qui fut au rendez-vous, avec les consĂ©quences aux effets dĂ©cadentes
pour les populations depuis plus de 50 ans.
Par ailleurs, le Kongo Angola ne fait point exception Ă  la rĂšgle, puisque, au-delĂ  d’une dĂ©colonisation tardive et une indĂ©pendance acquise en 1975, il connaĂźtra une guerre de rĂ©bellion fratricide avec des milliers de morts et mutilĂ©s.
Outre les prĂ©curseurs de la politique kongolaise, les successeurs comme : Mobutu, Massamba-DĂ©bat, Dos Santos, Ngouabi, L.D. Kabila, et consort ne se sont guĂšre montrĂ©s Ă  la hauteur de la charge. Et Ă  KIMBANGU d’interroger les Kongolais sur le bilan des 50 annĂ©es d’indĂ©pendance par ce Cantique :

Eh kongo oh natuni yo
Awa ozali kosepela mbula tuku mitano
wuta ozuka bosomi ya mokili
Otye ngai wapi ? Mawa Kongo eh ! Obosani mpasi na ngai
Mpasi na yo ekosila lolengu nini ii ! Obosani monene na ngai Kongo !
Eh owangani ngai !
Kati na bohumbu ozalaki , nani ayaki po na kosikola yo Kongo
Lelo oyo oboyi koyoka kombo na ngai Kimbangu
Nani alobaka moyindo akokoma mondele, mondele moyindo oh
Lelo oyo, oboyi kolobela kombo na ngai Kimbangu
 »

Qui est donc ce KIMBANGU qui interroge les Kongolais des causes de leurs misĂšres ? Lui qui se revendique rĂ©dempteur, ayant mis fait Ă  leur servitude, exige d’ĂȘtre mis au sommet du PanthĂ©on des « Saints Kongo ». Qui a prĂ©dit que le noir deviendra blanc, et le blanc deviendra noir ?
En effet, aux des temps des HĂ©breux, dans le livre des juges, on remarque que les dĂ©livrances semblent avoir un caractĂšre cyclique, ou tout au moins rĂ©current : pĂ©chĂ©, oppression, rĂ©demption et de nouveau pĂ©chĂ©. A la quatriĂšme gĂ©nĂ©ration, (celle du Saint-Esprit), les chĂątiments n’auront point de recours.

B°- Le Spirituel et le temporel aux mains de KIMBANGU :

Comprendre l’Eschatologie kimbanguiste est d’abord connaĂźtre le messianisme Kongo. De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, le messianisme est la croyance, selon laquelle un Messie viendra affranchir les hommes du pĂ©chĂ© et Ă©tablir le royaume de Dieu. Au Kongo, des prophĂštes comme Francisco Kasola, Kimpa Vita ou Kiyoka ont annoncĂ© la venue du libĂ©rateur des captifs spirituels d’Afrique et du reste du monde. Aussi, le prophĂšte Mbumba annonça le retour du Christ sur terre, pour rassembler son peuple au sein d’une Eglise universelle, dans laquelle viendront se prosterner toutes les nations du monde. » Cette attente Ă  tenue en Ă©veil la conscience religieuse des peuples du kongo.
« Il faudra toujours garder Ă  l’esprit qu’entre le judaĂŻsme et le Christianisme, il y’a une divergence fondamentale touchant le messianisme qui vient de ce qu’ils ont une notion diffĂ©rente de la rĂ©demption. Ce que le christianisme regarde comme fondement glorieux de sa confession de foi et comme la donnĂ©e essentielle est rejetĂ© avec dĂ©termination et combattu par le judaĂŻsme. »14
En un mot, le judaĂŻsme rejette avec force, l’incarnation du fils et plus encore celui du Saint-Esprit, prĂ©lude Ă  l’avĂšnement de l’Eden restaurĂ©. Trois Ă©lĂ©ments constitutifs concourent Ă  cette derniĂšre. KIMBANGU parle ainsi de :

– Pouvoir spirituel ( Lingomba)
– Pouvoir temporel ( Bokonzi ya l’Etat)
– Le Kikongo (langue)

Ces notions fondamentales sont donc les bases de la nouvelle civilisation pour l’affirmation de son autoritĂ©.
Banza-Ngungu, ville provinciale du Bas-Congo en RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo a Ă©tĂ© le thĂ©Ăątre de cette manifestation d’autoritĂ©. Le 03 octobre 2011, aprĂšs la rĂ©vision du procĂšs qui s’était tenu quelques mois auparavant, devant la haute cour militaire. Cette date, fut le moment de la remise de l’ArrĂȘt de la rĂ©habilitation judiciaire de KIMBANGU, jadis injustement condamnĂ©. Des personnalitĂ©s politiques, des hauts cadres de l’Etat et des diplomates honorĂšrent de leurs prĂ©sences Ă  l’évĂšnement. C’est Kimbangu Kiangani (chef spirituel), qui par son allocution, mit la foule en liesse. Il dĂ©clara en substance :

« 
soki l’Etat apesi nzela, yebaka Ă©tĂ©, na likolo pe, esalami. Po Ă©tĂ©, bokonzi nioso ewutaka na se
nani ayebaka ? Abimi na boloko. Poids ya mokili mobimba eza na maboko na biso (
) yo moto muindo oza na Ÿ ya sĂ»r
 »
De plus, des chefs coutumiers des 3 Kongo (Kinshasa-Brazzaville –Luanda), participaient Ă  la manifestation. Il ne pouvait demeurer en reste compte de leur rĂŽle dans la sociĂ©tĂ©, et sont les gardiens du savoir mystique ancestral. Ce jour-lĂ , les chefs coutumiers improvisĂšrent un rituel rĂ©vĂ©lateur de la grandeur de KIMBANGU sur tous les initiĂ©s. On lui demanda de fouler aux pieds, la peau de LĂ©opard Ă©tendue par terre et un tam-tam lui fut remis. Que reprĂ©sentaient ces symboles ? Sans risque de se tromper, la peau de LĂ©opard sous ses talons illustre bien la dĂ©faite des forces des tĂ©nĂšbres au profit de la lumiĂšre (N’temo). KIMBANGU, « roi des nombres pairs et impairs, maĂźtre des pays en profondeurs» venait d’annihiler l’obscurantisme de l’esprit, puisqu’il demandera expressĂ©ment la cessation de toutes actions spirituelles nocturnes : « Banda lelo, makambo nionso ya molili ; Abou ! Pia ! », et de poursuivre que : dorĂ©navant, un seul son de tam-tam devrait ĂȘtre audible, donc le sien.

Qui sont donc les Simon Mpadi, Simao Toko, Wasilua wangitukulu, S. Masambukidi, Nkusu, Muanda Nsemi
 ? Ils incarnent bel et bien « l’imposture messianique » Kongo, et naviguent Ă  contre-courant des enseignements de KIMBANGU.
Au moment oĂč nous rĂ©digeons ces lignes, Simon Kimbangu Kiangani se trouve en voyage au Congo Brazzaville et a dĂ©jĂ  annoncĂ© la suite de son pĂ©riple. C’est le Kongo Angola qui l’attend, notamment KULUMBIMBI. Ce haut lieu symbolique, ou l’homme noir a perdu son gĂ©nie crĂ©ateur, sera l’étape dĂ©cisive pour l’aboutissement du plan de Dieu le Saint-Esprit.
Quand on observe le dĂ©ferlement des dĂ©lĂ©gations politiques Ă  Nkamba-Nouvelle JĂ©rusalem, venant des quatre coins de la planĂšte, on se doute bien que nos gouvernants connaissent la grandeur de KIMBANGU. D’autres aiment Ă  penser avoir, une destinĂ© politique singuliĂšre en s’accrochant au pouvoir mĂȘme au prix de verser le sang de leurs compatriotes ou compromettre les intĂ©rĂȘts vitaux de leurs pays. Or, parfois, Dieu utilise ceux qui incarnent le pouvoir temporel pour accomplir ses desseins. Le cƓur de Pharaon ne fut-il pas endurci afin que YahvĂ© manifeste sa puissance aux yeux des Égyptiens? Quant Ă  Ponce Pilate, Gouverneur implacable de JudĂ©e, il pensait avoir le droit de vie et de mort sur JĂ©sus. Celui-ci lui rĂ©pondit simplement : << Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, s’il ne t’avait Ă©tĂ© donnĂ© d’en haut, voilĂ  pourquoi, celui qui me livre est plus coupable que toi. >> (J.19;10).
A l’accomplissement des prophĂ©ties bibliques, c’est lui qui investira ses serviteurs loyaux pour guider l’humanitĂ©, parce que le Sceptre de la royautĂ© divine (Mvuala Lulendo) se trouve entre ses mains et gare aux serviteurs lucifĂ©riens.

En 1921, avant de commencer son Ɠuvre salvatrice pour l’humanitĂ© et l’homme noir en particulier, KIMBANGU, alla demander l’autorisation au chef mĂ©daillĂ© de sa contrĂ©e qui incarnait le pouvoir temporel. Cette autoritĂ© est une Ă©manation divine, depuis que l’Eternel fut rejetĂ© pour rĂ©genter le genre humain. En cette quatriĂšme et derniĂšre gĂ©nĂ©ration, Dieu le Saint-Esprit est porteur d’un projet nĂ©o-civilisationnel, pour l’ensemble de l’humanitĂ©. Un projet envers et contre tout : La restauration de toute chose. Le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel lui reviendra de droit. De cette restauration, dĂ©coulera la paix universelle dont Joseph Diangienda Kuntima Ă©voquait dans ses exhortations.
Cette notion de paix au cƓur du kimbanguisme n’est pas un concept religieux ou une croyance, mais un principe directeur qui dĂ©termine les engagements kimbanguistes au quotidien. Ce sont en effet les fidĂšles kimbanguistes eux-mĂȘmes, qui par leurs principes : Amour-respect des lois et pratique des Ɠuvres, agissent chaque jour Ă  l’édification de ce projet divin.


Sources bibliographiques :

1- Michael Welzer, Dans l’ombre de Dieu. La politique et la Bible, Ă©d. Bayard, 2016. 2- Gustave Le Bon, Psychologie des foules, PUF
3- Martin Noth, The law in Pentateuch, Londres, SCM Press, 1984.
3- Michel Onfray, DĂ©cadence, Vie et mort du judĂ©o-christianisme, Flammarion, 2017. 4- Balongele Lisele, Les indĂ©pendances africaines: La victoire de l’homme en pagne dans 42 pays Africains. ed. AFRIKA 2020.
6- Rama Bazangika Musanda Wa Sadi, Textes des Cantiques kimbanguistes, Les impliqués éditeurs, 2019.
7- Salomon Dialungana, Kimbanguisme voie du salut, Ă©d. EKI, 2009.
8- GAZEPKI, n°012. 2018.
9- Gershom Scholem, Le messianisme juif, Essai sur la spiritualité du judaïsme. éd. Les belles lettres, 2016.

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte WordPress.com. DĂ©connexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte Twitter. DĂ©connexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte Facebook. DĂ©connexion /  Changer )

Connexion Ă  %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :